La légende de Gambrinus
C'est Gambrinus qui amena la bière sur terre, et nous allons tenter de vous dire comment il devint
Roi de la Bière. Mais ceci n'est peut-être qu'une légende
Gambrinus était le fils...d'un pauvre paysan, d'un petit village de la Meuse,
Bière-sur-Meuse. Pauvre peut-être mais le plus joli des enfants du pays, et toutes les fillettes lui faisaient déjà les yeux doux. A 20 ans, il était devenu le plus bel adolescent, longs cheveux et barbe naissante bouclée et des yeux si bleus que la faïence de Delft en paraissait terne et délavée. Hélas, tout aurait été au mieux dans le meilleur des mondes si Gambrinus n'avait pas été amoureux de Fleur, la fille du seigneur du
lieu.
Gambrinus, dans le
village...n'était qu'un pauvre villageois entre les pauvres gens et il n'avait pas le droit de lever les yeux sur Fleur. En ces temps, les propriétaires, nobles de naissance, ne mariaient leurs enfants que pour accroître leurs biens ou augmenter leur puissance, et Fleur, aussi fière que belle, ne voulait épouser qu'un noble et propriétaire, comme l'étaient son père, son grand-père et tous ses aïeux. Malgré tout, Gambrinus déclara son amour à Fleur mais son refus fut si catégorique et elle lui dit des paroles si méchantes qu'il décida de partir au loin.
Il apprit à jouer...|...de la flûte et devint trouvère. Il aimait tellement la musique qu'il devint bientôt le meilleur flûtiste de son pays d'accueil. Aucune fête ou noce n'aurait pu se passer bien sans la présence de Gambrinus et son renom dépassa bientôt le pays ou il résidait. Des Bièrois de passage n'en crûrent pas leurs oreilles et demandèrent à Gambrinus de revenir pour jouer pour eux.
Quand Gambrinus fut
revenu...dans son pays et se mit à jouer, les Bièrois se mirent à danser et à chanter et ne se seraient jamais arrêtés... si Fleur n'était pas arrivée sur les lieux : à sa vue, Gambrinus se troubla, puis, il se mit à jouer faux, de plus en plus faux jusqu'à ce que ça en devienne insupportable. Les Bièrois le battirent alors en l'insultant et Gambrinus fut même mis au pilori pour 48 heures sans boire et sans manger et les Bièrois en profitèrent pour l'insulter encore et lui dire d'autres méchancetés. Quand il fut détaché du pilori, Gambrinus décida que malgré tout, il ne pouvait oublier Fleur. Il souffrait trop et décida de mettre fin à ses jours.
Il partit vers la forêt de Woëvre...
pour s'y pendre, mais au moment où il s'apprêtait à mettre en œuvre son funeste projet, le Diable lui apparut. Le Diable était venu pour une simple raison, lui proposer un pacte, il lui dit : " Je ne peux pas obliger Fleur à t'aimer, je suis un démon débutant et n'ai pas assez de pouvoir mais je peux te la faire oublier et, ainsi, tu seras heureux ! Le bonheur par l'oubli et en plus la chance au jeu, c'est le pacte que je te propose, en échange de ton âme dans trente ans"
.
Gambrinus accepta...
le pacte et son amour pour Fleur se transforma en passion pour les jeux. Et il joua ! Tir à l'arc, concours de chant, jeu de dés ou de cartes, jeux de hasard, Gambrinus jouait. Et, grâce aux dons donnés par le Diable, il gagnait, gagnait, gagnait et il s'enrichissait de plus en plus. Il devint vite très riche mais ne parvenait pas à oublier Fleur malgré la pacte diabolique. Pire, le jeu se mit à l'ennuyer car le résultat était trop connu. Il se dit alors pourtant que, maintenant qu'il était riche comme un noble, peut-être Fleur accepterait-elle de l'épouser. Mais Fleur était bien moins intelligente qu'elle était belle et elle se montra encore plus désagréable que lors de sa première tentative et elle lui cria " Paysan tu es né, paysan tu resteras ! Jamais noble ne sera ! ! !
".
Désespéré, il repartit pour la forêt...
pour en finir définitivement mais le Diable, qui n'avait pas pu remplir le pacte s'y trouvait aussi. Gambrinus en le voyant senti son désespoir se muer en colère et il cria " Diable minable ! Satan de basse-cour ! Belzébuth de pacotille ! Je vais mourir mais Dieu ne te permettra pas de prendre mon âme car tu as trahi notre pacte et j'aime toujours Fleur malgré sa bêtise ! "
Alors, le diablotin...
lui proposa un second marché et dit à Gambrinus : " Regarde ce champ en bordure de la forêt et surtout les perches à haricots oubliées il y a bien longtemps. Tu vois comme ces perches ont été recouvertes de plantes à clochettes vertes et jaunes, très parfumées ? -" Oui " répondit
Gambrinus. -"C'est du houblon et il est déjà en graines", lui dit le Diable, "et ces deux bâtisses en bordure du champ sont une houblonnière et une brasserie, reste avec moi, je vais t'apprendre à faire le vin du Nord, qui te fera vraiment oublier cette Fleur stupide qui te ridiculise".
Le diablotin était certainement... meilleur pédagogue que lanceur de sort et Gambrinus apprit vite à faire une excellente boisson puis il demanda au diable un moyen de se venger des villageois qui l'avaient frappés, mis au pilori et qui avaient cassé sa flûte. Le Diable lui suggéra un instrument auquel nul ne pourrait résister et lui expliqua comment faire un pipeau magique. Gambrinus demanda au Diable -" Cette fois es-tu sur de ta magie ? L'instrument aura du pouvoir sur tout le monde ? ". -" Je te le promets sur mon âme ! " répondit le
Diable.
Dès sa sortie de la forêt...
Gambrinus, de retour sur ses terres qu'il avait nombreuses, planta les graines de houblon que lui avait donné le Diable de seconde catégorie et attendit la pousse des champs complantés. Il fit enfin une ample moisson de la précieuse plante et fabriqua la boisson dont il avait le secret et le pipeau magique suivant les directives
données par le Diable.
Un matin il décida...
que l'heure de la vengeance avait sonné et il installa, sur la grande place de la petite ville de Bière, tables, chaises, tonneaux. Il avait pris soin de se munir du pipeau magique et invita à boire tous ses concitoyens. Les Bièrois goûtèrent alors cette boisson moussante, parfois brune, parfois blonde. "C'est amer !", "c'est fort !", "c'est pas très bon!", on n'entendait que des plaintes et récriminations concernant la nouvelle boisson.
Gambrinus, se mit alors à jouer de son pipeau magique et, immédiatement, les Bièrois se mirent à danser de plus en plus vite. Une heure passa, puis une deuxième et une troisième. Les Bièrois commençaient à geindre, à supplier Gambrinus d'arrêter sa musique folle et envoûtante. Mais Gambrinus ne s'arrêta pas et joua, joua, joua encore. Enfin, après bien des heures, il s'arrêta, s'estimant vengé, et les
Bièrois, assoiffés, se lancèrent sur les chopes et verres que Gambrinus leur avait préparés et qui les attendaient.
Plus ils buvaient...
et plus l'amertume de la boisson leur parut douce et agréable au palais et, tous reconnurent que cette boisson était excellente et probablement la meilleure qu'ils aient jamais bue. La renommée de la boisson franchit les frontières et, n'ayant pas encore de nom elle fut baptisée du nom de bière en mémoire du nom du village natal de
Gambrinus. Partout maintenant, on brassait, buvait de la bière et elle était devenue le symbole de la convivialité et de la fête. Le Roi de Lotharingie, pour remercier
Gambrinus, le fit Duc, Comte et le plus noble de ses sujets mais Gambrinus préférait le titre de Roi de la Bière, que lui avaient décerné les habitants de Bière son village natal.
Quand Fleur comprit...
que Gambrinus ne s'intéressait plus à elle, elle alla lui parler, mais, un peu saoul et plongé dans une heureuse rêverie, Gambrinus ne trouva à lui dire que -" Qui êtes vous? Vous boirez bien une bière ? " ce qui la mortifia
beaucoup et c'était bien ainsi. Il l'avait enfin oublié !
Lorsque le Diable revint... Trente ans avaient passés. Gambrinus dormait paisiblement à la terrasse de l'Estaminet à Verdun car il avait découvert que c'était là que se servait les meilleures bières de la région. Au lieu de le suivre, Gambrinus se mit à souffler dans son pipeau magique et le Diable se mit à danser, danser sans jamais s'arrêter. Gambrinus joua si longtemps que le diable le suppliât d'arrêter en échange de l'annulation du contrat qui les
liaient.
Gambrinus vécut encore très
longtemps... et très heureux, plus de cent ans dit-on à boire et jouer du pipeau magique. Lorsqu'enfin il mourut, on retrouva à sa place, un tonneau de bière qu'on plaça
au meilleur emplacement dans l'Estaminet et c'est pour cette raison qu'il n'a pas de tombe. Mais tout ce que vous venez de lire n'est peut-être qu'une élucubration née après avoir bu trop de bières de l'Estaminet
?
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